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Première rencontre internationale des territoires de coresponsabilité

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[1er octobre 2009] Cette rencontre était organisée à Mulhouse, à l’initiative du Conseil de l’Europe qui, depuis 2005, a défini et mis en œuvre avec des partenaires locaux - dont la ville de Mulhouse, fortement engagée dans le processus - une nouvelle approche de cohésion sociale et de développement durable, appelée "Territoire de coresponsabilité".

Le terme « territoire » doit s’entendre au sens large si l’on se réfère aux exemples présentés par la Ville de Mulhouse, puisque cette approche a été utilisée aussi bien dans le cadre d’un lycée, de quartiers, que d’entreprises, dont le parc zoologique de Mulhouse qui emploie 60 personnes. D’autres exemples portaient sur une région (Italie, Cap Vert), un ensemble de communes (Wallonie), un arrondissement de Paris (14e).

La rencontre a aussi été l’occasion de présenter des initiatives de citoyens (mouvement transition, entre autres), inventant localement des réponses à la crise des ressources naturelles, et de nouvelles formes de production et de consommation.

L’idée des territoires de coresponsabilité est de partir d’un débat entre citoyens ou membres d’une organisation sur la définition du bien-être « pour repenser l’organisation de la société et de l’économie à partir des besoins réels identifiés dans une démarche de concertation ». Ainsi, la ville de Mulhouse a-t-elle construit des indicateurs d’évaluation des actions qu’elle mène à partir de l’expression de critères de bien-être par des groupes de citoyens.

Plusieurs caractéristiques laissent penser qu’une telle démarche est particulièrement en phase avec notre temps et porteuse d’avenir.

- Elle tient compte de l’individualisation de la société en évitant de globaliser les points de vue, en prenant en considération le point de vue de chaque acteur individuel – à quelque niveau qu’il soit - à qui est donnée la possibilité d’occuper sa place.

- En définissant des étapes, elle donne la possibilité de réintroduire la durée et de prendre en compte la durabilité, même si le risque demeure de prendre davantage en compte le bien-être des générations présentes que celui des générations futures.

- Elle permet de mettre au jour et de tenir compte d’éléments immatériels, en général non pris en considération par les approches purement quantitatives. En cela, la démarche est en phase avec les réflexions en cours, en France, sur les modes d’évaluation de la performance collective (rapport Stiglitz). Elle contribue à changer nos propres critères d’évaluation. Elle a donc un effet d’ordre culturel.

- Elle constitue une autre approche du progrès social et donne de nouvelles perspectives d’action aux acteurs sociaux - aux travailleurs sociaux en particulier.

- Elle met les personnes en situation de responsabilité et de prise de conscience de leur interdépendance. Ce faisant, elle allège le poids des exigences que les individus à quelque niveau qu’ils se trouvent font peser sur leur collectivité au risque de l’asphyxier.

- Fondée sur la conviction que toutes les personnes, même les plus démunies, possèdent quelque chose et ont une capacité à répondre d’elles-mêmes, la démarche contribue à mettre au jour cette capacité et participe à la construction des personnes.

Une réflexion personnelle pour finir : dans le formidable effort d’innovation à faire pour tenir compte des limites révélées par la crise écologique et économique, ce sont les personnes et les collectivités les plus contraintes, celles qui se frottent le plus directement à « la rugosité du réel » et ne peuvent retarder, par quelque échappatoire, le moment de se confronter avec lui, qui montrent le chemin et ouvrent de nouvelles perspectives.

Patrick Boulte