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L’Académie nationale de médecine demande la création d’une mission interministérielle de lutte contre l’exclusion en santé

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[5 juillet 2017] PNG - 12.1 ko La moitié des Français dont le revenu du ménage est inférieur à 1200€ net par mois ont renoncé en 2015 à une consultation chez le dentiste ou l’ont retardée. Dans son rapport intitulé Précarité, pauvreté et prévention, l’Académie nationale de médecine propose des recommandations pour faciliter l’accès aux soins des plus précaires.

Malgré une amélioration générale de l’état de santé de la population française, l’Académie nationale de médecine constate la persistance de très fortes inégalités sociales face à la santé. Les plus démunis sont en effet beaucoup plus fréquemment atteints de maladies métaboliques ou cardio-vasculaires que le reste de la population et présentent plus de risques d’être en surpoids. Leur espérance de vie à 35 ans est par ailleurs nettement plus faible que celle des cadres. Ces inégalités face à la santé se reproduisent de génération en génération, notamment en matière de santé buccodentaire et de surpoids. Ainsi, 5,8 % des enfants d’ouvriers en CM2 sont obèses contre 1,2 % des enfants de cadres.

Le rapport rappelle l’ampleur du non-recours et du renoncement aux soins. Environ 5 millions de bénéficiaires éligibles à l’aide médicale de l’État (AME), à la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) et à l’aide au paiement d’une complémentaire santé (ACS) ne font pas valoir leurs droits. En outre, 28 % des Français, tous revenus confondus, ont déjà renoncé à une consultation chez le dentiste pour des motifs financiers. Le taux de non-recours aux soins buccodentaires est pratiquement multiplié par deux lorsque le revenu net du ménage est inférieur à 1200€/mois. Bien que la dégradation de la santé puisse concourir à une baisse des revenus et aggraver leur situation, les plus précaires sont contraints de reléguer au second plan les dépenses de santé. C’est pourquoi le rapport préconise de renforcer les dispositifs facilitant l’accès aux soins des plus démunis (équipes mobiles psychiatrie-précarité, permanences d’accès aux soins de santé…) et de maintenir la généralisation du tiers-payant.

Pour favoriser l’accès aux soins des exclus du système de santé, l’académie demande à ce que les personnels sociaux et sanitaires soient mieux formés et que les politiques de prévention comportent un volet spécifiquement dédié aux personnes précaires. En l’état, les campagnes de prévention et de promotion de la santé sont insuffisantes dans la mesure où les publics précaires y sont moins réceptifs : les actions de prévention accentuent aujourd’hui de manière paradoxale les inégalités de santé. Le rapport insiste également sur la nécessité pour lutter contre le non-recours de simplifier et d’unifier les règles, notamment en fusionnant l’AME, l’ACS et la CMU-C. Enfin et surtout, l’académie recommande la création d’une mission interministérielle de lutte contre l’exclusion en santé afin de mieux coordonner les actions publiques et associatives à destination des plus vulnérables. Une meilleure coordination des acteurs doit de même être assurée au niveau européen pour éviter les ruptures de prise en charge lors d’un changement de résidence.

Pour aller plus loin :