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Des pratiques médicales et dentaires, entre différenciation et discrimination

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[10 mai 2017] JPEG - 80.4 ko À la demande du Fonds CMU et du Défenseur des droits, l’étude « Des pratiques médicales et dentaires, entre différenciation et discrimination. Une analyse de discours de médecins et dentistes » a été réalisée par Caroline DESPRES et Pierre LOMBRAIL du laboratoire LEPS de l’université Paris XIII. Ses résultats sont parus le lundi 3 avril 2017.

Au moyen d’entretiens conduits auprès de cinquante professionnels de la santé (chirurgiens-dentistes, médecins spécialistes et médecins généralistes), Caroline Desprès et Pierre Lombrail éclaircissent dans leur étude les liens entre catégorisation médicale, discrimination et traitement des patients.

Ils soulignent que la catégorie médicale « CMUs », utilisée par les praticiens pour désigner les patients précaires, peut s’avérer stigmatisante. La construction de catégories médicales n’est pourtant pas intrinsèquement mauvaise. Celle-ci peut en effet servir à affiner les diagnostics. Connaître les conditions de travail d’un patient ou son lieu de résidence permettent par exemple un meilleur dépistage des maladies. Lorsque les critères sont objectifs, la construction de catégories médicales est pertinente.

Néanmoins, la catégorie « CMUs » ne permet pas d’améliorer le suivi des patients puisqu’elle tend à effacer leur singularité. La catégorie « CMUs » est supposée homogène dans la mesure où l’ensemble de ses membres ont des revenus modestes. Cette apparente homogénéité masque la grande diversité des profils, que ce soit en termes de situation familiale, de logement ou de rapport aux soins. Des attitudes et comportements négatifs sont fréquemment associés aux patients précaires. Ils sont effectivement parfois soupçonnés de fraude et souvent considérés comme de « mauvais patients » car difficiles à soigner.

Cet étiquetage conduit à des pratiques discriminatoires, notamment des refus de soins. Lors de la prise de rendez-vous, ces refus sont le plus souvent insidieux. En effet, les refus de soins sont généralement causés par des moyens détournés. Bien que le fait d’orienter systématiquement les patients vers l’hôpital constitue une discrimination, les patients précaires sont parfois réorientés sans raison légitime vers l’hôpital ou vers un autre médecin. Il arrive également que des délais d’attente extrêmement longs soient proposés aux « CMUs » pour les inciter à consulter un autre praticien. Enfin, le tiers-payant leur est parfois indûment refusé.

Les résultats de l’étude montrent par ailleurs que l’étiquetage des « CMUs » peut parfois favoriser une différenciation dans la prise en charge des patients. Si la majorité des praticiens s’efforcent de traiter de manière égalitaire et objective leurs patients, certains estiment qu’il est d’abord nécessaire de réconcilier les « CMUs » avec le système de santé. Pour ce faire, les médecins essaient avant tout d’établir une relation de confiance avec les patients précaires et traitent les problèmes les plus immédiats. Si cette démarche est louable et souvent nécessaire, il apparaît que la différenciation des soins selon le type de patients peut conduire à une moindre prise en charge des « CMUs ». Afin de ne pas fragiliser les patients les plus vulnérables, les médecins renoncent parfois à proposer des soins préventifs tels que l’arrêt du tabac ou de la consommation d’alcool. La différenciation des soins comporte donc un risque d’inégalité de traitement.